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J'ai grandi entre deux mondes, maintenant j'en fabrique un troisième

  • 26 nov. 2025
  • 3 min de lecture

Un article de N'deye Marie Diaby



Il y a ceux qui ont grandi quelque part, et ceux qui ont grandi entre deux “quelque part”.  Entre deux langues, deux façons de dire bonjour, de penser, de se présenter. Grandir entre deux mondes, c’est vivre dans une tension permanente entre l’ici et l’ailleurs, le “nous” et le “eux”. Mais c’est aussi apprendre à naviguer entre des univers qui, au fond, se répondent plus qu’ils ne s’opposent. 


Et si, finalement, on n’avait pas besoin de choisir entre ici et là-bas ?


Le diktat de l’identité unique


La société aime les cases. C’est plus simple ainsi. On coche une case, on sait qui on est. Ou plutôt, on sait comment les autres doivent nous lire. Mais pour ceux qui ont grandi entre deux cultures, deux langues ou deux pays, cette simplicité tourne vite à l’étouffement. Se voir sans cesse demander de choisir un camp.


Tu te sens plus quoi ?

Comme s’il y avait une bonne réponse, comme si une identité devait tenir sur une seule ligne de formulaire. Ce diktat de l’identité unique repose sur l’idée que l’appartenance doit être pure, exclusive. Mais cette pureté n’existe pas. C'est une fiction. Dans un monde où les trajectoires se croisent, où les familles se mélangent, où les frontières se brouillent, “choisir” devient impossible.


L ’entre-deux diasporique : un espace de réinvention de soi


Ce vécu, c’est celui de la diaspora, ces personnes qui portent en elles plusieurs lieux à la fois, sans appartenir entièrement à l’un ni à l’autre.


Ici, dans le pays d’accueil, ils s’enracinent, participent à la vie locale, inventent de nouveaux repères et réinterprètent ceux hérités de leurs origines. Là-bas, ils demeurent liés par la mémoire, les langues, les imaginaires et les attaches affectives.


Cet espace entre les deux n’est ni une fracture, ni une double appartenance parfaitement équilibrée, mais une zone de passage, de transformation : un lieu de recomposition. C’est ce que Homi K. Bhabha désigne comme le “Third Space”, cet espace tiers où se réinvente l’identité.


“The third space theory” de Homi K.Bhabha : repenser l’identité


Homi K. Bhabha est un théoricien postcolonial contemporain, sociologue et critique culturel. Ses travaux portent sur les dynamiques de pouvoir, la colonisation et la construction des identités dans des contextes où différentes cultures se rencontrent. Sa théorie la plus célèbre, le “Third Space” (“Le Tiers Espace”), propose une nouvelle manière de penser l’identité. 


Plutôt que de se limiter à une identité unique, fixée par l’origine, la nationalité ou la culture, Bhabha décrit un espace intermédiaire et hybride, où les cultures se rencontrent, se mélangent et donnent naissance à quelque chose de nouveau. Dans ce “troisième espace”, l’identité n’est plus un choix binaire entre “ici” et “là-bas” : elle devient plurielle, dynamique et en constante transformation.


Un espace hybride, libre et fait sur-mesure


Ce “troisième monde”, c’est celui qu’on façonne à partir de fragments venus d’ailleurs. Un espace où la question ne se pose plus, où l’on n’a plus besoin de se justifier. Ni entièrement d’ici, ni totalement de là-bas, entre les deux, on construit un monde fait sur mesure. 


Refuser l’ultimatum identitaire, c’est aussi revendiquer le droit d’être mouvant. D’être à la fois plusieurs, et pleinement soi. C’est un espace de liberté qui échappe aux définitions. Longtemps perçu comme un tiraillement, cet entre-deux devient aujourd’hui une force. Les nouvelles générations ne s’excusent plus de leur pluralité, elles l’affirment en refusant les étiquettes figées.


Il ne s’agit plus de trancher entre “ici” et “là-bas”, mais de reconnaître que l’on peut être plusieurs.

 
 
 

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