SOUS NOTRE REGARD — Alger, Chakib Taleb-Bendiab
- 30 nov. 2025
- 2 min de lecture
Une revue de @athenarabic

Un polar à l’algérienne, qu’est ce que ça vaut ?
Chakib Taleb-Bendiab signe son premier long métrage, déjà lauréat de son premier prix au Flickers' Rhode Island Festival, sélectionné pour répresenter l’Algérie aux oscars 2025. Entre tension et suspense, Alger est un film qui ne se cache pas et s’assume pleinement.
Synopsis : “À Alger, la disparition d’une fillette force un commissaire et une psychiatre aux visions opposées à collaborer, révélant peu à peu les fractures d’une société encore hantée par ses blessures.”
Dans la forme
Le réalisateur fait preuve d’une réelle polyvalence puisqu’il est à la fois la plume, le chorégraphe et le musicien de ce film, sans pour autant négliger aucun de ces domaines.
La réalisation comme l’écriture respirent la sincérité et traduisent un vrai sérieux.
Ce que je trouve très intéressant, c’est que la langue arabe est exclusive dans les dialogues : le réalisateur ne cherche pas à plaire à un public extérieur, il reste fidèle à sa culture et à son environnement.
l y a aussi un vrai effort de mise en scène : Alger est dépeinte telle qu’on la connaît. Qu’on y soit allé ou pas, on ressent l’essence de cette ville si complexe, et on s’y projette, sans romantiser ni dénigrer. La photographie n’est pas en reste : certaines images sont d’une grande beauté.
Le casting est aussi l’une des forces du film. Les acteurs traduisent parfaitement la tension de l’histoire, que ce soit les protagonistes ou les personnages secondaires. Placer au centre du récit une femme doctorante est un choix fort, d’autant plus intéressant qu’il s’inscrit dans un contexte et une époque où cela reste rare.
Et dans le fond ?
Alger n’est certes pas un film parfait. Sa fin laisse une légère frustration et certaines réponses demeurent en suspens. Mais il s’impose comme un film nécessaire, parce qu’il ouvre une brèche dans un genre où le cinéma algérien est presque absent. Le polar n’a jamais vraiment trouvé sa place dans la production nationale : les films algériens s’ancrent souvent dans le social ou l’historique, reflets d’une société postcoloniale encore fragile.
C’est là où le film est percutant : l’auteur a su subtilement mettre en avant une nation marquée par tant de traumatismes et de souffrances. À travers le personnage de Nabil, le réalisateur évoque avec pudeur les traces encore vives de la décennie noire, la guerre civile qui a profondément meurtri le pays dans les années 90. Le film ose aussi aborder des sujets assez tabous, comme la détresse des enfants, un angle encore trop peu exploré au cinéma comme dans les discours politiques.
Bien que situé dans les années 2000, il fait écho à une situation toujours critique aujourd’hui, toujours confrontée à ces mêmes fractures. Omar la fraise (2023) avait déjà esquissé ce constat, à travers le regard des enfants des rues, héritiers directs de cette période sombre.
En bref
Alger une réussite car il réunit autant les spectateurs touchés par la question algérienne, et ceux qui la découvrent.
Même si aux premiers abords, on pourrait penser que c’est seulement un film policier, il revêt des dimensions bien plus fortes, autant sociales que politique, autant dans son contenu que dans son impact dans le milieu cinématographique.
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