Commedia Nostra brise les murs du monde de l'art
- 27 nov. 2025
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Un article de N'deye Marie Diaby

La troupe Commedia Nostra composée de plusieurs dizaines de jeunes âgés de 15 à 25 ans se rassemblent pour faire entendre leur voix et révéler la beauté de la jeunesse des quartiers populaires. Récemment, ils ont interprété Othello de Shakespeare, explorant des thèmes toujours actuels comme le racisme, la jalousie, la manipulation ou la condition des femmes. Dans un monde artistique souvent fermé et difficile d’accès, ces jeunes cherchent à s’affirmer et à montrer que la culture n’est pas réservée à quelques-uns.
Face à cette volonté de s’exprimer et de se faire entendre, comment l’art peut-il devenir un outil de liberté et de parole pour ceux qu’on écoute rarement ?
Othello, une tragédie plus proche qu’on ne le croit
Souvent perçu comme un art élitiste, le théâtre classique semble éloigné du quotidien des jeunes issus de l’immigration ou des quartiers populaires. Mais l’histoire d’Othello raconte bien plus qu’un drame du XVIe siècle. Elle parle d’un général étranger, admiré mais constamment ramené à sa différence, confronté à la jalousie, au rejet et à la manipulation. Des réalités qui trouvent un écho particulier dans la société actuelle et dans l’expérience de nombreux jeunes de quartiers.
La mise en scène de Commedia Nostra modernise Shakespeare et montre que ses thèmes sont toujours brûlants. Le racisme subi par Othello rappelle les discriminations encore présentes, la jalousie, la place des femmes, prisonnières des rapports de domination, renvoie aux luttes actuelles pour l’égalité. En choisissant ce texte, la troupe montre que la culture classique n’est pas réservée à une élite cultivée. Elle devient au contraire un miroir tendu à des réalités sociales et intimes et révèle que les grandes tragédies appartiennent à tout le monde.
Une réécriture vivante et collective
La démarche artistique de Commedia Nostra ne se limite pas à rejouer Shakespeare tel qu’il a été écrit. Les jeunes emmènent leur énergie, leur culture et leurs références pour en faire une œuvre qui leur ressemble. Aux dialogues classiques s’ajoutent des parties chantées, des séquences de danse et des clins d’œil à la culture populaire des réseaux sociaux, qui accrochent directement le public. Certains passages sont repris en boucle dans différentes langues : arabe, portugais, bambara… Chacun y glisse son héritage. Ce choix va bien au-delà de l’esthétique. Cela affirme que la scène est un espace où toutes les identités peuvent coexister et dialoguer.
En réinventant Othello, la troupe brise les codes d’un théâtre perçu comme élitiste et le rend accessible, vivant et profondément ancré dans les réalités contemporaines.
Une prise de scène, une prise de place
Voir des jeunes issus de l’immigration et venant de banlieue monter sur scène pour interpréter Shakespeare, c’est bien plus qu’un simple exercice théâtral. Dans une société où ils sont souvent stigmatisés, réduits à des clichés ou laissés dans l’ombre, leur présence au cœur d’une œuvre du patrimoine mondial a une portée symbolique forte. Elle affirme qu’ils ont toute légitimité à prendre la parole et à incarner ces grandes figures de la littérature.
Réinterpréter Othello devient alors un acte de réappropriation culturelle. Là où certains voudraient restreindre le théâtre classique à une élite, Commedia Nostra rappelle que ces histoires appartiennent à tout le monde, et qu’elles touchent particulièrement ceux qui luttent pour être reconnus.
Sur scène, ces jeunes ne se contentent pas de jouer, ils occupent un espace qui leur est rarement offert. Ils montrent que leur voix compte, que leur regard sur le monde enrichit le patrimoine commun, et qu’en réinventant Shakespeare, ils écrivent aussi leur propre histoire.


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